Soirées de luxe, dérapage… Jordan Bardella ne fait plus l’unanimité au RN
Soirées de luxe, dérapage… Jordan Bardella ne fait plus l’unanimité au RN

Alors que Jordan Bardella semblait filer vers une victoire annoncée à la présidentielle de 2027, des fissures apparaissent au sein du Rassemblement National. Des soirées dans des palaces parisiens, des vacances ostentatoires aux côtés de sa compagne Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles et un « dérapage » médiatique ont semé le doute chez certains cadres et militants. Le jeune président du parti, jusqu’ici plébiscité pour son image de « gamin de banlieue devenu leader », est désormais accusé de s’éloigner de ses racines populaires. Un malaise qui pourrait fragiliser l’unité du mouvement à un an et demi du scrutin décisif.
Tout commence par une série de photos publiées dans la presse people et relayées massivement sur les réseaux sociaux. On y voit Bardella, costume sur mesure et montre de luxe au poignet, participant à des dîners privés dans des établissements huppés de la capitale : le Fouquet’s, le Bristol ou encore des soirées privées organisées dans des hôtels particuliers du VIIIe arrondissement. Des clichés pris lors d’événements mondains où se mêlent influenceurs, aristocrates et quelques figures du patronat. Sa relation avec la princesse italienne, officialisée en avril, a accéléré cette exposition au monde du luxe. « Jordan a changé », confie sous couvert d’anonymat un cadre historique du RN. « Il fréquente désormais des cercles qu’il dénonçait il y a encore deux ans. »
Le « dérapage » qui fait tache
Le point de rupture semble être une intervention récente sur LCI où Bardella, interrogé sur le pouvoir d’achat, a déclaré : « Les Français méritent de vivre comme des princes, pas seulement de survivre ». La formule, prononcée avec le sourire, a été interprétée comme un aveu inconscient de son nouveau mode de vie. Sur les réseaux, les opposants internes et externes ont rapidement détourné l’expression : « Bardella veut vivre comme un prince… avec Maria Carolina ». Des memes circulent massivement, montrant le leader en photo à Monaco ou en Corse, contrastant avec les discours sur la « France des oubliés ».
Au sein du RN, le malaise est palpable. Marine Le Pen elle-même, bien que restant en retrait, aurait fait passer des messages discrets pour rappeler la nécessité de « rester ancré dans le réel ». Des députés et eurodéputés, issus des bastions populaires du Nord et du Sud-Est, expriment ouvertement leur inquiétude lors des réunions de groupe. « On risque de perdre les classes moyennes et populaires qui nous ont fait confiance », alerte un élu du Pas-de-Calais. Pour ces voix, le RN s’est construit sur la défense des « petits » contre les élites. Un virage vers le luxe et l’aristocratie pourrait diluer ce message central.
Tensions internes et rivalités larvées
Ce n’est pas la première fois que des critiques émergent, mais elles gagnent en intensité. Certains proches de Marine Le Pen, comme Sébastien Chenu ou Laurent Jacobelli, tentent de minimiser l’affaire en parlant de « vie privée » et de « jalousies internes ». D’autres, plus radicaux, comme des représentants de la ligne « sociale » du parti, voient dans ces soirées un risque de « dédiabolisation excessive » qui éloigne le RN de son électorat originel.
Le couple Bardella-Bourbon des Deux-Siciles cristallise les reproches. Maria Carolina, habituée aux événements mondains, aux shootings pour des marques de luxe et aux cercles aristocratiques européens, incarne pour certains militants un univers trop distant. Des voix s’élèvent pour demander que le leader « assume son milieu populaire » et limite les apparitions communes trop glamour. « On ne fait pas la campagne de 2027 avec des photos de yacht ou de galas de charité », ironise un militant de base sur un groupe Telegram interne qui a fuité.
Jordan Bardella a tenté de répondre à la polémique lors d’une réunion des cadres à Nanterre. « Je n’ai pas à rougir de ma réussite. Je viens de Seine-Saint-Denis, j’ai travaillé, et ma vie privée n’impacte pas mon combat politique », a-t-il déclaré. Il assure que ces fréquentations lui permettent d’élargir l’audience du RN vers des milieux économiques et conservateurs traditionnels, indispensables pour gouverner. « Le luxe n’est pas un péché. C’est la France qui réussit que nous voulons pour tous », ajoute-t-il.
Enjeux stratégiques pour 2027
Ces tensions interviennent à un moment clé. Les sondages placent toujours Bardella en position de force, souvent donné vainqueur au second tour face à un candidat de la majorité ou de la gauche divisée. Mais les études qualitatives montrent une érosion de son image auprès des électeurs les plus modestes. « Il y a un risque de déconnexion », analyse un politologue proche du parti. « Le RN a progressé en s’adressant aux perdants de la mondialisation. Si Bardella apparaît comme un gagnant intégré au système, cela peut créer un doute. »
La question du programme économique aggrave le malaise. Alors que le RN promettait une hausse des salaires, une baisse des impôts pour les classes moyennes et une protection sociale renforcée, certains craignent que les nouvelles fréquentations de Bardella ne modèrent ces promesses. Des négociations discrètes avec des milieux d’affaires, facilitées par l’entourage de sa compagne, alimentent les rumeurs d’un virage libéral caché.
Du côté des opposants politiques, on ne manque pas d’exploiter la faille. Raphaël Arnault (LFI) ou des figures macronistes dénoncent l’« hypocrisie » d’un parti qui dénonce les élites tout en les courtisant. « Bardella en smoking dans les palaces pendant que les Français galèrent, c’est le symbole parfait de la droite extrême », a tweeté un député insoumis.
Une stratégie de communication en réajustement
Face à la tempête, l’équipe de communication de Bardella tente de reprendre la main. Multiplication des visites sur le terrain dans des zones rurales et populaires, interviews centrées sur les « vraies préoccupations des Français » (immigration, insécurité, pouvoir d’achat) et discrétion accrue sur la vie privée. Le leader a annulé plusieurs événements mondains prévus cet été et privilégie désormais des apparitions plus « terroir ».
Maria Carolina elle-même a fait un pas en retrait médiatique. Dans une brève déclaration, elle a affirmé soutenir pleinement le combat de son compagnon tout en respectant « les valeurs du RN ». Mais pour de nombreux observateurs, le mal est fait : l’image du « gamin » ambitieux et proche du peuple a été remplacée, au moins temporairement, par celle d’un jeune notable en pleine ascension sociale.
Reste à savoir si ces critiques internes resteront circonscrites ou si elles déboucheront sur une véritable crise. Le RN a toujours su gérer ses divisions par la discipline autour de la figure Le Pen. Aujourd’hui, Bardella doit prouver qu’il reste le chef incontesté tout en corrigeant son image. « Un dérapage n’est pas une chute », tempère un proche. Mais à un an et demi de l’échéance, chaque faux pas compte.
Dans les coulisses, les spéculations vont bon train : Marine Le Pen pourrait-elle revenir plus activement si le doute s’installe ? Des cadres historiques préparent-ils déjà l’après-Bardella ? Pour l’instant, le leader garde le cap, mais le parti n’est plus tout à fait uni derrière lui comme il l’était encore il y a six mois.
L’affaire des soirées de luxe révèle une contradiction profonde du RN moderne : comment concilier l’aspiration au pouvoir, les nécessités de la dédiabolisation et la fidélité à une base populaire exigeante ? Jordan Bardella, confronté à son premier vrai test interne, doit désormais choisir entre l’image d’un leader « normalisé » et celle d’un tribun populaire. Le choix qu’il fera pourrait bien déterminer l’issue de 2027.








