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Affaire Bruel : Marine Le Pen interpellée sur BFMTV. Sa position politique est sans demi-mesure.
Affaire Bruel : Marine Le Pen interpellée sur BFMTV. Sa position politique est sans demi-mesure.

Marine Le Pen était l’invitée d’Apolline de Malherbe sur BFMTV ce vendredi 22 mai 2026. Et la cheffe de file du Rassemblement National n’a pas esquivé le sujet brûlant de l’affaire Patrick Bruel, qui agite la France depuis plusieurs semaines.
L’angle de son intervention est intéressant parce qu’il combine plusieurs registres. Personnel, juridique et politique.
Sur le terrain personnel d’abord, la députée nordiste a été cash, avec une touche d’humour qui désamorce le politique.
« Je n’irai pas et je n’y serai pas allée parce que je ne l’aime pas. Il ne m’aime pas non plus vous me direz. »
Une formulation qui balaie immédiatement toute tentative de récupération politique de sa propre absence aux concerts du chanteur. Elle n’y serait pas allée de toute façon, indépendamment de l’affaire. Pas de signal politique calculé.
Mais Marine Le Pen ne s’arrête pas à cette mise au point. Elle aborde frontalement le débat de fond sur la question juridique, et c’est là que sa position prend toute sa dimension. Le bras droit de Jordan Bardella s’est en effet positionnée fermement sur la défense de l’État de droit.
« Si on fait ça, on rompt avec l’État de droit. Je sais que ça peut déplaire à certains, mais il y a un principe fondamental dans notre droit : c’est la présomption d’innocence. Tant que vous n’êtes pas définitivement condamné, vous êtes présumé innocent. »
Elle développe ensuite son argument en pointant ce qu’elle considère comme un danger plus large pour la société française.
« Ça n’empêche pas que chacun peut avoir sa conscience personnelle, son intime conviction sur les faits, mais en l’espèce, faire cela pour lui ou pour les autres, c’est condamner quelqu’un à la mort professionnelle ou à la mort sociale avant que la justice ne se soit prononcée. »
Et Marine Le Pen ne se contente pas de l’argument juridique. Elle prend également position sur le fond du sujet des violences faites aux femmes avec une formulation qui n’a rien d’ambigu.
« Tous ces gens qui sont accusés de se comporter comme des porcs avec les femmes » constituent à ses yeux une « véritable honte ».
Mais cette indignation morale ne l’amène pas à abandonner les principes juridiques. C’est même son fil conducteur dans l’ensemble de l’interview : ne pas confondre conviction personnelle et application des règles.
« Les principes doivent être appliqués même quand ils vont à rebours de votre sentiment personnel. Et si vous appliquez le principe au bénéfice de vos propres amis et pas au bénéfice de gens avec lesquels vous n’avez pas de point commun, vous n’avez plus de principes. Moi, j’ai des principes, j’y tiens et on ne peut pas parler de l’État de droit en toutes circonstances sans les respecter, même si ça fait mal, même si ça dérange. »
Une phrase qui résume la cohérence de sa démarche : appliquer la présomption d’innocence à Patrick Bruel comme on l’appliquerait à n’importe qui d’autre. Y compris à quelqu’un qu’on n’apprécie pas personnellement.
Cette position rejoint celle d’autres voix politiques exprimées ces derniers jours. Aurore Bergé, ministre déléguée à l’Égalité entre les femmes et les hommes, avait tenu un discours proche en refusant explicitement de demander institutionnellement l’annulation des concerts. Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, avait dit que Bruel « est libre » de continuer.
À l’inverse, les maires de Paris (Emmanuel Grégoire), Marseille (Benoît Payan), Brest (Stéphane Roudaut), Nancy (Mathieu Klein) et Saint-Étienne (Régis Juanico) ont demandé publiquement à Patrick Bruel de suspendre lui-même sa carrière. Manuel Valls, ancien Premier ministre proche du chanteur, a quant à lui annoncé prendre ses distances personnelles avec son ami.
Patrick Bruel, présumé innocent, dément l’intégralité des accusations qui le visent. « Jamais je n’ai forcé une femme. Jamais je n’ai dr*gué, manipulé ou cherché à soumettre qui que ce soit. » Il se dit prêt à se battre pour « défendre la vérité ». Sa tournée Alors regarde 35 doit officiellement démarrer le 16 juin prochain au Cirque d’Hiver à Paris.
Quand des voix politiques de bords radicalement opposés (Marine Le Pen au RN, gouvernement Macron) convergent sur le respect de la présomption d’innocence, vous trouvez ça rassurant comme signe que l’État de droit transcende les clivages politiques, ou décevant vu l’urgence qu’imposent les accusations en cours ?




